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.Coup de vent dans les ruelles.

25 octobre 2009

Laure visite l’exposition de photographie de Mélanie, à Granby. Dans un grand entrepôt au plafond haut et aux poutres perdues dans la grande pièce, les gens circulent, chuchotent et prennent le temps d’observer.

Laure — Salut Meeeeel!!!

Mélanie — Salut!… Baisse un peu le ton, Lau! Je suis contente de te voir. La route s’est bien passée?

Laure — Oups, désolée, j’me calme. Sans problème, la route. A1! Number one! Les dix doigts dans le nez, les orteils avec!

Mélanie — Surprenant, quand même…

Laure — Je sais. C’est que j’ai fait la nouvelle acquisition d’un GPS, cette invention géniale qui me permet de ne plus me perdre à des endroits où je ne devrais pas me perdre en temps normal, tu sais. En plus, ça me fait de la compagnie… j’ai quelqu’un qui me parle toute la run.

Mélanie — Bon, bon, bon. Madame est rendu « technologique ». Ça aussi, ça surprend quelqu’un!

Laure — Je sais ça aussi. C’est beau ici! T’es bien installée, pour ton expo. Je fais le tour, ok? J’ai hâte de voir ça, ces photos de ruelles là. Moi ça me fait assez peur me promener dans les ruelles.

Après six minutes, 40 photos de ruelles de nuit et de jour, un Pepsi diète, trois appels au cellulaire, un éternuement et une collision corporelle avec un joli jeune homme à grosses barniques d’artiste, Laure avait terminé sa visite. Grosse visite, la qualifiera-t-on.

Laure — Vraiment, Mel, t’as du talent. Je pense, en fait, parce que la photo, c’est pas trop mon truc.

Mélanie — Merci Lau. T’as déjà fini? C’est vite fait, pour toi, une visite d’expo!

Laure — Oh, ben je sais pas. Ç’a pas été long? C’est pas comme un film dont t’es dépendant du temps que ça prend pour le regarder… Là, ben, un coup que j’ai vu la photo, ben je l’ai vue. En tout cas, bravo!

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.Élections et acquisitions.

23 octobre 2009

Laure et Lili se baladent en voiture. Direction centre d’achats pour quelques emplettes facultatives à leur survivance. Laure remarque les nombreuses affiches non toutes esthétiques des candidats au poste de conseiller dans les quartiers du coin.

Laure — Ceux qui se présentent aux élections pour représenter des quartiers, ils veulent être quoi précisément? Le nom du poste? Des maires de quartier? C’est laid.

Lili — Hein? Aucune idée, moi. Des représentants?

Laure — Ben là. Ils vendent pas de la bière ou des produits de beauté. C’est un peu dégradant pour des personnes de pouvoir qui représentent la population et ses besoins.

Lili — « Personnes de pouvoir »… On parle pas de Bush quand même.

Laure — Y’a une différence entre Marc Pettersen et Bush, pis Marc Pettersen et toi qui, pour le développement économique, et là on parle pas nécessairement du développement économique « de la région », fais pas grand-chose d’imposant à part consommer pour trois personnes.

Lili — À part le thé, je fais pas tant d’abus.

Laure — …

Lili — Ben appelle.

Laure — Où ça?

Lili — À la Ville.

Laure — Ben oui. Quelle idée. Anyway, c’était juste une question de même. Maudit que les affiches sont laites, en tout cas.

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.Changer sa betterave.

2 octobre 2009

Laure arrive de son cours du jeudi. Elle entre dans son appartement. Flavie, sa coloc, est dans la cuisine en train de faire brûler ses toasts-souper.

Laure  — Salut.

Flavie (la bouche pleine de toast noire) — Saluuuuuuuuut. C’était bien, le cours de pub?

Laure — Ça sent ben le brûlé. Ouais. Le cours, ouais. Mais pas ma situation en tant que humaine. En tant que personne humaine dans le sens personne  « intelligente » et qui a des « émotions » et en tant que personne qui a un corps qui a des fonctions humaines incontrôlables, mais normales, mais non désirées.

Flavie — Hein? C’est sûrement pas dans le cours de pub que t’as appris à être claire de même.

Laure — Tu sais, quand t’es une personne humaine, ton corps réagit parce que t’as des émotions. Pis aussi, ton corps réagit quand tu manges trop : tu vomis, t’as mal au ventre, tu fais des allergies, tu grossis, tu fais des boutons, tu vas faire pepi plus souvent…

Flavie — Tu t’en vas où sur tes skis?

Laure — Flavie, si tu avais quelque chose à changer sur ton corps, ce serait quoi?

Flavie — Euh, je pense que vite de même ce serait mon ventre. J’ai une couple de pouces de trop de peau, j’pense. Pis j’ai les fesses un peu basses. Ouais, c’est pas mal ça.

Laure — Tu vois, ce sont toutes des raisons hors émotions. Eh bien, sais-tu quoi? Moi je changerais mes réactions corporelles désagréables comme rougir comme une betterave quand j’ai un tantinet de gêne.

Favie — Bon, faut que tu me dises ce qui s’est passé. Mais dis-toi que tu rougis moins qu’un roux. Eux, c’est l’enfer. Ils virent mauve, prêts à exploser. Ça en est épeurant. Inquiétant plutôt. C’est sûrement une question de physionomie. Le sang est plus quelque chose. Ou moins quelque chose. Ou c’est peut-être pas le sang pantoute, je connais pas grand-chose là-dedans.

Laure — Rouge, rose, mauve… anyway, quand tu changes de couleur, ça veut dire que t’as une émotion. Pis des fois, ces émotions-là, tu veux pas les montrer à toute une classe. Tu veux même parfois pas les voir toi-même en face, tu veux pas les savoir. Tu les sens en vache par exemple. Ça bouille, la rougeur. J’pourrais me faire cuire des spaghettis dans la bouche.

Flavie — C’est souvent une question de confiance et d’assurance, Laure. Tout ça encore à cause de ton beau petit voisin de classe?

Laure — Si je te dis non, tu me croiras pas. Peut-être.

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.Ulcérée de décubitus.

27 septembre 2009

16 h 30. Le téléphone sonne. Laure répond. C’est Pincho.

Laure — Oui, allô?

Pincho — Salut darling!

Laure — Hey, what’s up, Pincho?

Pincho — Ça peut pas aller mieux! Écoute, j’arrive de tourner pour le Festival country de Sainte-Madelaine, pis je suis présentement en train de faire du montage… J’en ai pour 30-35 minutes. Après… devine?!

Laure — Attends que je trouve…

Pincho — J’ai pas le temps d’attendre!

Laure — Euh. Excuse-moi de gruger ton temps.

Pincho — Je t’invite au Local!

Laure — Non?!?

Pincho — On va faire d’une pierre deux coups : tu vas arrêter de m’achaler avec ton beau Louis de Canal Vie et on va manger une bonne bouffe.

Laure — Seigneur! Tu te sens pu! J’accepte c’est sûr, si c’est pour me faire décroûter du divan.

Pincho — T’es pas encore couchée devant la télé ou ton ordi ou whatever?

Laure — Ouais. Devant les deux. Pis sais-tu quoi? Je viens de penser aux plaies de lit. C’est vraiment dégueulasse ça, hein?! J’ai peur d’être garnie de plaies.

Pincho — Laure, christie! Bouge-toi le body! Va courir, faire du ménage, je sais pas…

Laure (plutôt concentrée sur son ordinateur) — EURK. Sur Internet, on dit : « On désigne également les escarres sous le nom de plaies de décubitus ou ulcères de décubitus. Les escarres se développent, chez certaines personnes, en quelques heures seulement de pression constante, et varient d’une légère rougeur à des cratères profonds, qui atteignent le muscle jusqu’à l’os. » À quelle heure tu viens me chercher, que j’me bouge?

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.Si tu trouves, fais-moi signe.

26 septembre 2009

Laure et Jade, deux grandes amies qui ne se font pas de façons. Laure dort chez Jade après une sortie en ville la veille. Laure végète sur le divan, Jade sort de la douche.

Laure — Je le trouverai jamais, Jade.

Jade — Quoi, ça?

Laure — Le grand amour.

Jade — Hein?

Laure — T’as compris, j’viens juste de te voir te laver les oreilles. Je le trouverai jamais le gars mature qui matche avec moi. Pas que je suis « super mature », mais je veux un mec mature. Tu sais, celui avec qui, oui, tu t’entends bien, mais qui a des sentiments pour toi et que toi, t’as des sentiments pour lui. Pis que ça dure à vie, tu sais. Pas avoir à toujours tout recommencer.

Jade — C’est quoi, cette grande déprime-là ce matin?

Laure — Rien. Je déprime pas. Je me rends juste à l’évidence. Le grand amour, c’est un mythe!

Jade — Voyons, là! C’est pas un mythe. J’en suis la preuve vivante : avec Jim, Yanick…

Laure — À ce que je sache, t’es une célibataire endurcie depuis genre huit mois. T’es loin d’avoir trouvé le grand amour, on va se le dire. Jim qui « t’aime tellement », mais qui te trompe avec une charrue, pis Yanick qui vire gai.

Jade — Bitch, please!

Laure — Par « grand amour », je veux dire « âme sœur ». Avec qui tu plisses all life long. Jusqu’à ce que mort s’en suive.

Jade — Je vois… Faut de la foi, Laure. De la foi! De l’optimisme! Croire au destin! Mes grands-parents sont encore ensemble eux. Sont un meilleur exemple que moi, non?

Laure — Oui, toi en guise d’exemple, t’étais pas dure à battre. Mais c’est ça le problème : ce sont nos vieux qui sont encore ensemble. Qui « s’aiment » encore, supposément. Je suis bien contente pour nos petits vieux, mais aujourd’hui, essaie de trouver un couple de 30-40 ans d’existence encore heureux. Ou encore en vie. Bonne chan’.

Jade — La foi, Laure…

Laure — Quand t’auras trouvé avec ta foi, fais-moi signe. J’te l’emprunterai.